Un peu de notre temps

Dans Un peu de temps à l’état pur, Marie Ferranti, romancière, dramaturge, nouvelliste, et Jean-Guy Talamoni, maître de conférences à l’Université, Président de l’Assemblée de Corse, nous livrent cinq années de leur correspondance. Un livre essentiel et passionnant pour comprendre les enjeux politiques, culturels et historiques de notre temps.

JE me suis proposé d’examiner quelle est l’influence de la religion, des moeurs et des loix sur la littérature, et quelle est l’influence de la littérature sur la religion, les moeurs et les loix.

C’est ainsi que Madame de Staël, dès son discours préliminaire, définit son entreprise dans De la littérature. Elle marque alors la naissance de la littérature en montrant que chaque création, issue de la mémoire du peuple, tisse un lien particulier avec les institutions politiques, judiciaires, sociales, de chaque pays. Il est alors entendu pour elle que la littérature tire son origine des idéologies constitutives de chaque peuple et que le littéraire se présente alors comme ce qui en atteste le « génie », ce qui en révèle le prestige. De plus, elle insiste sur le rôle du littéraire, en tant que mémoire du peuple, dans ce qui pousse les gouvernants à agir. Il se trouve, dans cette phrase de Madame de Staël, la présence d’un chiasme, qui est à l’origine de toute littérature nationale : pas de littérature sans idéologie, pas d’idéologie sans littérature. En lisant la correspondance de Marie Ferranti et de Jean-Guy Talamoni, Un peu de temps à l’état pur, publié aux éditions Gallimard, nous remarquons que l’architecture de ce livre repose sur cette même figure de construction. En grammaire, le chiasme est la figure typique de renversement des valeurs – c’est une révolution permettant la « contamination » d’une notion par une autre. Autrement dit son altération, en tant que l’on entend l’altération comme une manière de rendre autre un terme premier. Ainsi, dans cette suite d’échanges épistolaires, de messages téléphoniques, cette conversation autour d’un livre à venir, celui de deux amis aimant tous deux la littérature, l’on s’aperçoit de cette interpénétration des notions par la façon dont le littéraire est façonné par le politique, et par la manière dont le politique influence le littéraire. C’est à partir de ce chiasme que l’on parvient à saisir, au-delà de la question nationale, le portrait de deux écrivains, deux écrivains qui souhaitent à leur manière romancer la vie. C’est pourquoi nous concentrerons notre attention sur la manière dont ce chiasme rend compte, dans la correspondance de Marie Ferranti et de Jean-Guy Talamoni, de l’élaboration d’une littérature nationale, pensée comme la mémoire vive d’une communauté corse à écrire.

Avant de nous intéresser à la manière dont la littérature est constitutive de modèles nécessaires à la mise en œuvre de l’action politique, il convient de comprendre comment le politique joue un rôle dans l’élaboration du littéraire.

Dans l’atelier d’Ossian

En mettant en scène Maria Gentile en 2017 et en publiant cette pièce aux éditions Gallimard la même année, Marie Ferranti partageait avec Jean-Guy Talamoni, dans sa thèse, Littérature et politique en Corse, la volonté de voir dans ce destin de femme, proche de celui d’Antigone, à la fois une figure de la résistance contre l’autorité des hommes et une figure de résistance nationale contre l’oppression. C’est pourquoi Maria Gentile constitue le fil narratif de toute la correspondance : elle est la figure à venir, le projet commun d’un mythe national en construction. Dès lors, il convient d’interroger la manière dont elle est élaborée comme un mythe littéraire. Puis, il faudra questionner la manière dont Maria Gentile concentre diverses tensions qui existent au sein du champ littéraire corse à propos de la question de la langue.

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Dans sa correspondance, Marie Ferranti fait mention des reproches qui lui ont été adressés concernant le choix du français comme langue d’écriture de Maria Gentile. La thèse des critiques, assez simpliste au demeurant, est de considérer qu’une pièce évoquant la résistance du peuple corse devrait être écrite dans la langue des résistants : en corse. En la rédigeant en français, Marie Ferranti aurait succombé à une facilité. L’on devrait même écrire une trahison ; car si la remarque semble innocente, elle traduit l’idée d’une triple compromission : au niveau historique, en écrivant en français, Marie Ferranti adopte une langue qui n’est pas parlée par le peuple corse au XVIIIe siècle. Cela compromettrait la véracité historique. L’argument est ridicule : ce serait comme reprocher à Corneille son manque de rigueur historique parce qu’il n’aurait pas écrit sa Médée en grec. Au niveau linguistique, elle choisit la langue de l’ennemi. Ecrivant en français, elle refuserait de participer au mouvement de résistance de la langue minoritaire face à la langue dominante. L’argument est intéressant – et dangereux – dans la mesure où il témoignerait alors de l’existence d’une frontière symbolique ayant pour but de restreindre au maximum le champ littéraire corse à la « langue du peuple ». Toute personne ne parlant pas corse serait alors à exclure du champ littéraire et de la communauté politique. Au niveau littéraire, cela consiste à signifier que l’entreprise de l’écrivain n’aurait qu’un but commercial et serait par conséquent un acte de traîtrise : exporter son œuvre. Cela témoigne du fait qu’écrire en langue corse appartient au domaine de l’honneur, c’est-à-dire du combat et de la gratuité de ce même combat mené pour des idéaux. Cela trahit également l’idée que le corse est une langue exclue et excluante : exclue parce qu’elle ne possède pas assez de locuteurs pour établir un marché de production pérenne économiquement ; excluante parce qu’elle attribue à tel ou tel le prestige sur des critères moraux et non sur des critères de goût.

En ce sens, l’exemple de Maria Gentile permet de défendre une conception de la littérature beaucoup plus ouverte dans le sens où elle ne restreint pas l’usage de la création à une seule langue. Au contraire, les auteurs défendent à plusieurs reprises une idée que nous avons proposée dans quelques séminaires et que nous défendrons dans un futur ouvrage : celle de la littérature corsophone. Il s’agit non pas d’analyser la littérature selon le rapport qu’un auteur insulaire entretient avec la langue, mais de la façon dont un écrivain, au cours de sa création, passe d’une langue à une autre, inscrit dans une langue des rythmes, des variations, des accents, un style qui indique sa propre façon de moduler son rapport à la Corse, sa manière d’être en Corse. Même si Jean-Guy Talamoni défend une conception thématique de la littérature, là où nous défendons une position linguistique de celle-ci, sa conceptualisation s’ouvre à l’idée de trouver au sein de plusieurs langues des éléments fondateurs de ce qui constituerait la communauté insulaire. C’est pourquoi le français est considéré comme une langue corse lorsque celui-ci écrit :

Nous nous sommes – individuellement et collectivement – approprié cette langue. Elle est pour nous, à côté du corse, une des langues de l’amour, puisque nous l’utilisons aussi avec des personnes que nous aimons . (FERRANTI, Marie, TALAMONI, Jean-Guy, Un peu de temps à l’état pur, Paris, Gallimard, 2018, p.74)

La question de l’appropriation renvoie à la manière dont une collectivité a fait sienne cette langue ; mais il ne faut pas s’arrêter à la dimension collective, qui cependant affirme déjà la possibilité d’une communauté à se dire dans une langue qui est devenue la sienne : il faut rendre compte du caractère individuel, du fait que chacun mène sa vie, construit son intimité par le biais aussi de cette langue. En devenant la langue de l’amour, c’est-à-dire de ce qu’il y a de plus personnel, ce qui nous constitue en tant que sujet, il faut alors analyser ce que je noue de moi lorsque je dis « nous » dans cette langue. Bien plus que cela, il s’agit de percevoir une part de la modernité insulaire, une part de la déchirure qui est celle vécue par les Corses à travers ce que l’usage du français, ce que le passage à cette langue, restitue de nous. Certes, cette langue nous a été imposée par la conquête militaire de l’île et par l’école de la République, elle est donc « la langue de l’autre » ; mais cette langue de l’autre, par l’effort que celui-ci a mis pour détruire notre italianité, par l’effort qui a été le sien pour nous rendre le même, est devenue aussi notre langue : celle au sein de laquelle nous pouvons abriter « notre trouble de l’identité », nos rapports franco-corses dont le trait d’union « ne suffit jamais à couvrir les protestations, les cris de colère ou de souffrance, le bruit des armes, des avions et des bombes » (DERRIDA, Jacques, Le Monolinguisme de l’autre, Paris, Galilée, 1996, p.27). Marie Ferranti a sans doute à l’esprit le manifeste de Deleuze et Gattari, Pour une littérature mineure, ou plus encore le Monolinguisme de l’autre de Jacques Derrida, lorsqu’elle s’intéresse à ce « mode mineur » qui perdure « dans l’accent, souvent réprouvé et moqué, comme le signe d’une infériorité sociale et culturelle » (FERRANTI, Marie, TALAMONI, Jean-Guy, Un peu de temps à l’état pur, Paris, Gallimard, 2018, p.93). C’est ce même accent qui emporte la langue dans un contre-rythme, qui la marque et la dessine autrement. Elle y dépose une singularité et une histoire. Il s’agit de celle d’un sujet blessé qui y restitue un peu de sa blessure. Heureusement, ce marquage ne se produit pas sur une seule langue. Contrairement à Derrida, jalousant le bilinguisme de son ami, Abdelkébir Kathibi, nous avons cette chance et cette douleur de pouvoir passer d’un pied à un autre, d’une langue à l’autre. Nous évoquons une douleur tant le changement de langue a été subi, tant le poids de la disparition linguistique pèse aussi sur le corse. Et tandis que nous pouvons inscrire un minimum de nous-mêmes dans une langue majeure, nous éprouvons toute la majesté de cette langue majeure dans les teintes qu’elle apporte à nos pratiques du Corse. C’est ce dont Marie Ferranti parle lorsqu’elle traite de « ce paradoxe d’écrire en corse et en même temps que les nouvelles soient d’une certaine façon aussi françaises par l’influence de la littérature et d’une langue très précise » (Ibid, p.90). Cette évolution du corse ne doit pas être considérée comme une menace, mais comme une façon de sentir les changements, les variations, les risques, qui se glissent dans la vie d’une langue lorsque passe dans la langue un peu de notre propre vie.

Dès lors, écrire une pièce comme Maria Gentile en français, ce n’est pas témoigner de sa traîtrise ; mais c’est mettre en œuvre le vrai sens de la tragédie : celle de la dépossession, pour un peuple, de sa propre langue. Il s’agit de rendre compte d’un spectacle fondamentalement tragique : celui de la perte des origines. Le tragique vient d’une inversion du temps : c’est le fait que nous connaissions déjà la fin de cette communauté corse originelle avant que la pièce ne se déroule sous nos yeux, puisque sa mise à mort fait de nous les êtres linguistiquement troublés que nous sommes au moment même où nous la regardons. Et c’est le fait de se rendre compte de ce trouble, celui de devoir restituer une pièce corse en français, qui atteste un peu plus de cette incommunicabilité entre les modèles que l’on nous donne et nous-mêmes. C’est cette marque de rupture qui conduit chacun de nous à entrer dans le monde de la maturité, celui qui fait de ce que nous sommes des exilés glissant entre les langues un peu de ce qu’ils pensent être.

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Néanmoins, si Maria Gentile révèle ce caractère tragique de la communauté, elle n’est pas une figure de l’individu. Comme elle est décrite plus haut, comme elle est perçue par les auteurs, elle reste la figure d’une tragédie nationale. Lors de la conquête française de la Corse, Maria Gentile perd son mari. Alors qu’elle souhaite enterrer ce dernier, ce droit lui est refusé par les soldats français. Engagée dans un combat funeste en mémoire de son époux, elle devient une figure de la résistance contre l’oppresseur ; tout comme Antigone désirait défendre le droit de son frère d’obtenir une sépulture , Maria Gentile veille sur la loi des hommes, menacée par la guerre et la barbarie. Elle est donc imaginée comme le personnage central d’un mythe national : celui issu d’une opposition à l’oppression française, celui d’une voix qui conserve en son sein le génie d’un peuple terrassé et humilié par sa défaite, condamné à mourir. La résistance devient alors constitutive du mouvement national en tant que celui-ci repose à la fois sur un imaginaire spécifique et sur une frontière politique et culturelle. Celle-ci est fondée sur le refus d’une soumission à une loi étrangère, illégitime et agressive – celle de la France.
Si nous nous intéressons à la conceptualisation de cette pièce, nous nous apercevons que son projet d’écriture lui-même obéit à une dynamique de combat : celle de remplacer une vision de la Corse imposée depuis Colomba par un autre « mythe » littéraire, qui serait celui de Maria Gentile.

Si la littérature du XXIe siècle faisait passer Marie Gentile devant Colomba en tant que mythe corse, ce serait une belle chose. (Ibid, p.24).

Par ces quelques termes, Jean-Guy Talamoni affirme cette volonté de renverser l’ordre symbolique en en instaurant un autre. Le terme de « mythe » est important dans la mesure où il est employé dans une double acception, à la fois mythe littéraire et mythe national. Si Maria Gentile peut être considérée comme un mythe littéraire, c’est pour une grande part à cause de son rattachement à une autre pièce du patrimoine littéraire mondial : Antigone. Celle-ci lui assure à la fois une légitimité symbolique et les codes nécessaires à l’édification du mythe. Selon Philippe Sellier (SELLIER Philippe. « Qu’est-ce qu’un mythe littéraire ? », dans Littérature, n°55, 1984. La farcissure. Intertextualités au XVIe siècle. pp. 112-126), le mythe littéraire peut se définir selon trois éléments : 1- Le caractère universel de la dimension fantasmatique se trouve au cœur de l’intrigue : dans Antigone, la question de la sépulture du frère ; dans Maria Gentile, la sépulture du mari, ces deux actes renvoient à la dimension érotique de la persévérance. 2- Retour aux structures du mythe ethno-religieux : Antigone, tout comme Maria Gentile, veut attribuer une sépulture à une personne de leur famille ou à leur époux (structure familiale), afin de renouer avec la loi des dieux (structure temporelle et spatiale). Elles obéissent à un système binaire : femme frigide/femme passionnée ; barbare/civilisée ; résistance/ordre etc. 3- Le conflit funeste : elles sont toutes les deux en conflit avec l’ordre des hommes et avec la loi, ce qui les conduit à la mort et à la mort de leur communauté. Pour illustrer ce propos, il suffit de citer cette phrase de Marie Ferranti qui rend compte des différents éléments mis en œuvre dans l’établissement de ce mythe littéraire :

Antigone se révolte contre un ordre établi qui est le sien depuis toujours, Maria, contre un ordre imposé par une nation étrangère. (…) C’est un ordre supérieur qui exige la désobéissance : celui de la religion et des lois humaines sacrées. (FERRANTI, Marie, TALAMONI, Jean-Guy, Un peu de temps à l’état pur, Paris, Gallimard, 2018, p.66)

Tout d’abord, le parallélisme de construction met sur le même plan la situation d’Antigone et de Maria Gentile. Elle tient dans la volonté de résister à l’ordre établi. Puis, cette résistance est clairement explicitée comme élément fondamental du mythe par la mise en œuvre d’un système de causalité : l’ordre entraîne la désobéissance. Cela obéit à un principe binaire : l’autorité contre la résistance. Enfin, il y a la volonté d’assumer un ordre supérieur : celui du domaine ethno-religieux. Les hommes ne peuvent vivre en harmonie sur Terre qu’à la condition où ils honorent leurs dieux, où ils sont reliés à eux. S’opère alors ce que Philippe Sellier évoquait précédemment comme étant le resserrement du mythe littéraire autour du mythe religieux. Si Marie Ferranti met en oeuvre les conditions d’une comparaison, Jean-Guy Talamoni, quant à lui, entremêle radicalement les deux destins de femme. Il fait ainsi de Maria Gentile une des figures d’Antigone lorsqu’il écrit : « La vraie Maria Gentile, c’est-à-dire celle que nous imaginons toi et moi, celle dont nous rêvons, est bien Antigone ». Cette relation d’attribution entre Antigone et Maria Gentile scelle, au niveau linguistique, le rapport de subordination de la première à la seconde. Il s’agit là d’un projet littéraire : endosser un peu du prestige d’Antigone en associant Maria Gentile à elle et ajouter un peu du prestige du théâtre grec au théâtre corse en en faisant la scène fragmentaire d’un théâtre méditerranéen. De plus, notons qu’à travers la mention de « vrai », qui s’oppose à l’usage de l’imagination et du rêve souligné un peu plus loin dans la phrase, c’est un peu du mythe littéraire qui entre dans l’espace public. Il témoigne d’une confusion du vrai et du fictif qui est le propre même de l’effort de mythification. Nous sommes confrontés ici à une opération contre laquelle Barthes s’insurgeait dans ses Mythologies. Cette fonction de mythification se traduit par la volonté de considérer comme « naturelle », ce qui est en réalité historique. Barthes s’y oppose lorsqu’il « (veut) saisir dans l’exposition décorative de ce-qui-va-de-soi, l’abus idéologique qui (…) s’y trouve caché » (BARTHES, Roland, Mythologies, Paris, Seuil, 1957, p.10). Dans notre cas, il ne s’agit évidemment pas d’un « abus », puisque l’effort de création est désigné par les auteurs eux-mêmes, mais plutôt d’une entreprise idéologique clairement affirmée, porteuse d’un projet littéraire et politique : ce projet est clairement affirmé dans les lignes qui suivent, à savoir présenter dans un premier temps une pièce érotique, une pièce qui s’oppose à l’ordre des hommes, et dans un deuxième temps faire de cette même parole « un mythe politique de la désobéissance » dans lequel chacun pourra puiser un modèle de vie. Cela dit, nous remarquons que cette manière de marier le rêve et l’imaginaire au vrai traduit bien cette relation chiasmatique que nous évoquions précédemment : la littérature est produite par les institutions politiques, religieuses, sociales, qui détiennent le champ littéraire et ces institutions puisent dans le littéraire les éléments susceptibles d’agir dans le réel afin de fabriquer du commun. C’est seulement à partir de ces quelques éléments que l’on peut entendre cette question de Jean-Guy Talamoni : « Comment peut-on concevoir cette chose étrange, une politique sans littérature ? » (FERRANTI, Marie, TALAMONI, Jean-Guy, Un peu de temps à l’état pur, Paris, Gallimard, 2018, p.242). En effet, si la littérature est générée par le pouvoir dans le but de jouer un rôle efficace dans la vie de la cité, alors cette situation est impossible.

Reste toutefois à rester vigilant : le but de la littérature n’est pas d’être placé sous la tutelle du politique. La littérature doit rester un acte de création, certes tissé dans la société, certes lié à des stratégies de publication et de mise en valeur d’une œuvre au sein du processus éditorial, mais il s’agit d’un acte qui ne doit pas être entravé, corseté, asphyxié par le politique. Dans cette grande période de création littéraire que nous connaissons de nos jours en Corse, Marie Ferranti souligne alors le danger mortel qui menace, celui d’une littérature officielle :

La place de l’artiste aujourd’hui dans notre société corse n’est pas sans me poser des questions de fond. L’arrivée au pouvoir des nationalistes, c’est-à-dire tout ce qui a composé l’opposition au pouvoir, où on trouve, en tant qu’artiste, forcément aisément sa place, risque de transformer tous les acteurs culturels en artistes officiels. Le danger est mortel . (Ibid, p.203)

Dans le cadre d’un contexte de production artistique dépendant majoritairement des subventions publiques, comme dans toutes les régions de France, le risque de voir des projets artistiques défendant une vision nationale caricaturale est particulièrement élevé. Bien évidemment, il ne s’agit pas d’une demande du pouvoir ; mais d’une auto-censure des acteurs culturels, qui résulte de l’intériorisation d’une domination, celle du politique sur le littéraire, par le biais du capital financier. Le risque d’une littérature officielle n’est pas seulement une menace qui pèse sur la création ; elle pèse aussi sur le pouvoir politique : quelle image de l’institution politique serait renvoyée si elle attribuait une subvention ou encore un prix à une œuvre fautive, mal présentée, mal agencée, dont le seul mérite serait de servir une idéologie précise ? 

Dans la cité des hommes

Quant au rôle de la littérature, on ne peut pas être plus clair que Jean-Guy Talamoni lorsqu’il écrit : « (…) la littérature compose l’imaginaire collectif et intervient donc en tant que force politique » (Ibid, p.240). Si la littérature diffuse dans la cité des modèles, des scenarii, des structures linguistiques que chacun réactualise en les citant, alors elle constitue une matière, soit un ensemble d’éléments disponibles au moment où nous parlons et qui sont susceptibles d’être compris par une grande partie de la communauté. Cette matière, étant à la disposition de chacun, joue un rôle politique dans la mesure où elle peut être mobilisée et agencée par un certain nombre d’acteurs sur une chaîne de signification. C’est cette chaîne de signification qui constitue un énoncé. Cet énoncé possède une force politique, s’il entraîne un effet : la connivence. Cette dernière se définit comme la reconnaissance par un locutaire d’un patrimoine commun utilisé par le locuteur dans ce but précis. Cette connivence se trouve au fondement de ce qui constitue une communauté dans la mesure où il génère une culture partagée. Or comme on l’a souligné précédemment, le fait que la politique joue un rôle dans l’édification du littéraire témoigne de la nécessité du pouvoir de participer à la création afin de générer cette force politique et ainsi de mieux en contrôler les usages. C’est pourquoi l’on s’intéressera à la façon dont le littéraire permet de mettre en œuvre un usage politique en faveur de la construction d’une communauté nationale. Pour ce faire, l’on montrera comment la figure de Maria Gentile devient un argument politique en faveur de la défense du droit naturel sur le droit positif. Plus précisément, il s’agit là de soutenir le droit du peuple corse de se défendre contre les attaques d’un Etat susceptible de le détruire. Puis, il s’agit de s’attacher à un glissement dans les mots : le passage de la littérature à la rhétorique. Dans ce cas, il s’agit de montrer comment le retour à l’idéologie participe à un réenchantement de la politique, confrontée à un modèle libéral technocratique et consumériste. Enfin, il convient de souligner que ce réenchantement obéit à une pratique purement littéraire en ce sens que le politicien se présente sous les traits d’un écrivain soucieux de réaliser le roman du pays à venir.

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Précédemment, nous évoquions l’existence d’un mythe littéraire qui se voulait également mythe national. Si nous nous sommes arrêtés à la mise en œuvre d’un mythe littéraire, c’est que le passage au mythe national entraînait de fait le reversement des notions : ce qui était littéraire devenait tout de suite politique. C’est pourquoi il convenait d’attendre jusqu’à maintenant pour analyser la façon dont Maria Gentile, mythe personnel, devenait politique en adoptant les traits d’un mythe collectif. Dans l’élaboration de ce mythe collectif, il faut d’abord entendre la voix de Marie Ferranti, la façon dont l’écrivain, amoureux du chant sacré comme il le restitue dans Maître de chant, puise dans cet art « le génie de ce peuple » (Ibid, p.55). Le terme de « génie du peuple » (Volksgeist) renvoie à la tradition du nationalisme allemand : il se rapporte à la naissance, au sang et à la langue. Dans ce cas précis, selon la perspective tragique qui est adoptée, il s’agit surtout de rendre compte de ce qui fonde dans le temps, c’est-à-dire selon une filiation, la nature corse, et cette filiation passe essentiellement par la langue et par le lien prédominant entre les hommes et Dieu. C’est ce même lien, en tant qu’il constitue « chez nous » le sacré qui est maintenu dans la pratique du chant observée : le chœur renvoie bien sûr à la pratique antique, mais il désigne aussi l’esprit corse, la nature corse, qui veille in illo tempore sur ses enfants. Par cette perspective romantique, fichtéenne, de la nation, l’on pose le cadre tragique dans lequel est censé se fonder le collectif. Ce n’est qu’en comprenant la vertu historique du « gène » de ce peuple, le caractère implicitement dramatique qui est associé à son maintien dans le temps, que l’on est susceptible d’entendre la façon dont Maria Gentile passe de tragédie personnelle à tragédie nationale. La morale de Maria Gentile s’applique à un collectif, les spectateurs, mais ce collectif se resserre autour d’un « nous », qui désigne le peuple corse menacé de disparaître. Dès lors, ce qui s’appliquait à chacun, s’applique à tous : le droit à l’insoumission ne renvoie plus au choix d’un homme, il renvoie à celui d’un peuple, persécuté dans le temps, qui a fait de la résistance son moyen de perdurer :

Il est du devoir de chaque génération de maintenir l’esprit de Maria Gentile, et ce, quels que soient les régimes à venir. Fussent-ils les plus démocratiques, ils ne nous dispenseront jamais de conserver comme un trésor ce pouvoir de dire non. Et de faire prévaloir, le moment venu, le droit naturel sur le droit positif. Car derrière le prestige du parlement qui le crée, ce dernier n’est jamais que la loi des hommes. (Ibid, p.60)

L’utilisation du terme de génération et l’utilisation du « nous » s’accompagnent d’un effacement de la personne de Maria Gentile au profit de son message, « ce pouvoir de dire non », qui s’applique à tous les régimes distincts de la communauté nationale. Est défendu dans ce cas le principe d’autodétermination contre tout type de régimes opposés à la volonté du peuple : la référence aux « plus démocratiques » semble porter sur des régimes politiques, mais pourrait aussi se rapporter à un Etat démocratique présent, qui refuse aux Corses les modifications constitutionnelles nécessaires, selon les nationalistes, à son maintien : la France. Ainsi, la défense du droit naturel sur le droit positif ressemble à une invitation, une invitation à défendre ce que l’on considère être en lien avec les valeurs essentielles qui fondent la collectivité. Pour comprendre cette discussion autour du droit naturel et du droit positif, il convient de préciser la définition de ces deux notions. Si l’on s’intéresse au droit positif, l’on doit le définir comme l’ensemble des règles mises en œuvre dans un Etat. Il s’agit des règles d’une société à un moment donné. Ce droit positif, tel qu’il est souligné par Jean-Guy Talamoni, se réfère à un principe essentiel précisé par Hans Kelsen : le droit positif doit être purement réflexif, c’est-à-dire qu’il doit se tourner sur lui-même et non sur la société. Il ne doit pas se préoccuper des idéologies de toutes sortes, mais uniquement juger de la forme afin d’éviter les différents risques liés au politique : la guerre, le fondamentalisme, le meurtre. Pour le droit positif, la norme est ce qui s’applique. Peu importe si cette norme envoie six millions de personnes dans les camps. La loi doit être suivie. A cette notion s’oppose le droit naturel, qui renvoie à l’ensemble des droits essentiels aux hommes, des droits qui ne leur sont pas dictés par une communauté dans une époque donnée ; mais qui sont constitutifs de l’humanité elle-même. C’est le cas de la liberté (ce qui sera fortement remis en cause par Hegel estimant que la liberté n’existe qu’à travers un cadre tracé par la loi) ou encore de la résistance évoquée précédemment. Le droit naturel entend sortir du cadre de la loi donnée par un parlement pour défendre un certain nombre de principes considérés comme universels. En ce sens, ces principes renvoient à des enjeux idéologiques puisqu’ils sont liés à des points religieux, politiques, moraux, définissant un sujet. La critique de Jean-Guy Talamoni contre le droit positif s’accompagne d’un éloge du droit naturel :

Le problème est que si l’on suit cette thèse (fondée sur la « neutralité axiologique de la norme », c’est-à-dire le refus du jugement de valeur) la validité du droit nazi, ou de l’Etat islamique, n’est pas davantage contestable que celle de la loi dans une société démocratique. On peut en effet difficilement concevoir une force contraignante plus efficiente que dans le cas du IIIe Reich ou de Daech ! On serait tenté de renvoyer aux tenants de la thèse positiviste l’argument tiré de la confusion des notions : en récusant toute appréciation morale de la norme, ils assimilent de façon contestable fait et droit. (Ibid, p.102)

Ce que critique Jean-Guy Talamoni, c’est la question de la neutralité du droit : il est évident que le droit positif ne s’intéresse pas au droit mis en œuvre dans des régimes politiques différents, qu’il soit totalitaire, fondamentaliste ou démocratique, puisqu’à ses yeux la constitution représente la loi suprême. Tout droit obéissant à la constitution est considéré comme tel. Seulement, il ne faut pas perdre de vue que l’Etat islamique ne tue pas selon une constitution. L’Etat islamique n’a d’Etat que le nom. Il n’est pas reconnu par les autorités internationales. De plus, sa constitution provient d’une lecture littéraliste du Coran qu’il conviendrait plutôt de placer sous l’égide du droit naturel : défendre Dieu contre des infidèles repose sur une manière de défendre la vie elle-même. A l’opposition radicale que soumet Jean-Guy Talamoni dans son propos, l’on pencherait plutôt pour une position libérale : le droit positif est nécessaire s’il repose sur des conceptions venues du droit naturel (la propriété privée, l’égalité etc). Ce serait un moyen de garantir un droit législatif qui prendrait en compte les aspirations naturelles des hommes, si l’on estime que ces aspirations existent de fait. Toujours est-il qu’il convient de se méfier et du droit naturel, en tant qu’il peut générer des luttes politiques aboutissant dans les cas les plus extrêmes aux pires des crimes ethnico-religieux, et du droit positif, susceptible de porter une vision déshumanisée du droit, légitimant les pires des systèmes totalitaires. Dans le cas qui nous occupe, il s’agit surtout pour Jean-Guy Talamoni de soutenir des positions qui ont été les siennes jusqu’à ce jour : la liberté de chacun de défendre son peuple, même s’il faut pour cela prendre les armes ou encore se trouver emprisonné dans les geôles d’un Etat dont les lois seraient jugées liberticides. En ce sens, Maria Gentile devient un moyen de défendre la lutte nationale révolutionnaire. Son pouvoir de dire non revient à résister contre une loi arbitraire. Il s’agit de défendre, comme Antigone, un droit naturel. Cependant, nous remarquons combien le geste de Jean-Guy Talamoni appartient à une autre échelle : d’une notion personnelle, celle d’offrir une sépulture à un proche, l’on passe à une dimension collective, défendre même par les armes une nation menacée. Il s’agit, dans ce cas, d’une approche anti-colonialiste liée à celle que développe Jean-Paul Sartre, dans la Préface aux damnés de la Terre : le seul moyen, pour un dominé, de s’extraire du rapport de domination, reste de détruire le rapport de force qui le conserve dans cette situation. Il faut donc tuer le colon pour faire advenir un homme nouveau.

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Si Maria Gentile peut être considérée comme un moyen d’illustrer positivement le droit naturel d’un peuple à se défendre, il convient aussi de voir dans ce retour de l’idéologie un moyen de lutter contre le modèle néo-libéral. Ce modèle repose sur trois points, le triomphe de l’économie sur l’idéologie, un mode de vie qui repose sur la consommation, le triomphe de l’américanisme. C’est ce que souligne, par exemple, Marie Ferranti dans son analyse de la situation politique insulaire. Elle s’enthousiasme à l’idée d’un retour de la vie humaine dans la liste des préoccupations des gouvernants :

La dimension esthétique de la politique n’est plus à la mode. Depuis longtemps, on prône le pragmatisme. On en voit les effets curieux : la perte du bon sens, la prolifération de règlementations inapplicables, la culture arasée et littéralement dévorée ainsi que la langue par la culture américaine ou plutôt ce que l’on entend par là : le mode de vie détestable, la bouffe, la télé-réalité et la possession de biens inutiles qu’on exhibe pour que leur possession soit encore plus jouissive. (Ibid, p.54)

La déploration de la vie politique, telle qu’elle s’éprouvait avant l’élection, traduit une perspective libérale : le caractère « pragmatique » de la politique traduit  ce que l’on appelle une politique de gestion. C’est une conception libérale qui consiste à débarrasser la politique des enjeux idéologiques, susceptibles de nuire au commerce tout en promouvant la guerre, et de lui privilégier une perspective exclusivement tournée vers la mise en œuvre de la société entrepreneuriale et consumériste. Ce modèle consumériste, associé à l’américanisme, renvoie à un mode de vie techniciste, reposant sur l’efficacité et la performance. Elle traduit aussi un excès de consommation, un risque environnementale et une politique inadaptée aux véritables besoins humains. Par le thème de la résistance, qui est celui défendu sous les traits de Maria Gentile, c’est donc une contre-culture qui est proposée : le nationalisme se présente comme une politique conservatrice, une politique censée protéger les citoyens de la menace mondialiste qui pèse sur elle. Lorsque Marie Ferranti revient sur l’élection de Jean-Guy Talamoni, elle témoigne de cette opposition radicale entre le modèle américain, fondé sur le modèle individualiste de l’efficience, et le modèle nationaliste, reposant sur la conservation d’un peuple perdurant dans son être. « On a adhéré à des idées, dit Marie Ferranti, pas à un programme économique » ou encore : « On a parlé de la vie ». C’est cette dimension vitale qui se trouve au cœur du discours politique : il s’agit de trouver un chemin, une voie collective, un style de vie collectif dans un monde « arasé », abruti, détruit, par l’assèchement culturel et productif d’une mondialisation agressive.

Le sens des mots se « régénère » donc dans un geste de conservation. Il s’agit de trouver des éléments au sein d’un espace social qui confortent les frontières existantes, les ravivent, les entretiennent. Le retour à la nation, à ce qui peut en constituer des symboles, témoigne alors d’un art du politique : celui de transformer une histoire en un patrimoine commun. Maria Gentile est, bien sûr, une figure de théâtre ; mais elle rentre aussi dans l’espace public, lorsque l’Assemblée de Corse passe commande d’une statue pour faire de celle-ci l’égérie de la nation. La littérature et la politique soutiennent alors le même but qui est de vivifier, de rendre donc vivant, d’intensifier aussi, la communauté en créant un discours efficace autour de sa propre célébration. Le discours nationaliste est un discours itératif : la nation est toujours contrainte de célébrer la nation pour que son système symbolique se conserve. Jean-Guy Talamoni est très clair sur la manière dont la littérature et la politique participent à la production d’un discours national commun :

La littérature investit la vraie vie, au point qu’il est parfois difficile de distinguer les deux. La vie politique échappe d’autant moins au phénomène qu’elle constitue elle-même un art, et c’est ainsi qu’esthétique littéraire et esthétique politique se rejoignent. Leur action conjuguée, d’une puissance inégalée, produit alors à la fois du mythe et de la réalité. (Ibid, p.241)

Dans cette citation, nous retrouvons la force vivifiante de la littérature : celle de s’emparer du réel dans le but de le romancer et en le romançant de rendre le réel et la fiction difficilement discernables. Cependant, Jean-Guy Talamoni, en soulignant le rôle de chacune des esthétiques, l’esthétique littéraire, qui renvoie à la manière de se rapporter à une mémoire collective, l’esthétique politique, qui renvoie à une manière de rendre cette mémoire collective active, traduit deux pôles autonomes. Leur relation entraîne néanmoins la production de mythe et de réalité. Il faudrait néanmoins se tenir à distance de l’effet créé par le littéraire sur le politique : le mythe n’est pas seulement généré dans son coin. Il nourrit, il crée, il fonde le discours national. Il peut en ce sens devenir rapidement une erreur nécessaire à l’édification de toute romance.

***

Marie Ferranti soulève à plusieurs reprises ce risque de perte de repères causé par la rédaction d’un roman national. A l’instar de ce que fut l’historien Michelet, elle souligne tout d’abord le risque de voir l’homme politique devenir écrivain de la nation : « c’est l’écrivain qui révèle la politique, et en même temps l’imaginaire commun, ou ce qui peut le fonder, car un peuple s’invente aussi, d’une certaine façon. La littérature l’invente » (Ibid, p.123). La littérature pèse sur le politique dans le sens où c’est elle qui génère les références, les images, le principe de cohérence constitutif du peuple, c’est elle qui fonde la langue commune de la nation. Apparaît sous nos yeux une vision moins génétique de la nation, une vision moins influencée par la dimension grecque : il s’agit d’une perspective constructiviste qui témoigne de la manière dont le politicien s’empare des mots, les utilise et en les utilisant leur confère un pouvoir non négligeable, celui de peser sur le réel en créant des Corses : « Et si le discours politique est aussi une fiction, comme l’Histoire, cette fiction repose sur une interprétation de la réalité et peut modifier le réel » (Ibid, p.134) . Il y a une visée performative du langage utilisé au sein de ce roman national, qui a pour but de fonder une nouvelle réalité : il s’agit de créer des rituels de communication, des routines communicationnelles, qui fondent de nouvelles pratiques institutionnelles et politiques. Ce sont ces pratiques qui établissent les frontières territoriales, linguistiques, sociales, qui ont cours dans un espace national. Par exemple, lors de la première investiture nationaliste, la déclaration d’honneur sur la Justification de l’abbé Salvini ou encore l’institutionnalisation de la figure de Maria Gentile représente de nouveaux rituels de pouvoir au sein de l’espace public insulaire.

Si nous nous sommes particulièrement intéressés au message politique que cette œuvre revêtait, du fait de l’entreprise nationaliste menée autour de la figure de Maria Gentile, il convient néanmoins de souligner que cette correspondance est aussi une conversation délicieuse entre deux amoureux de Baudelaire, de Pessoa ou encore de Rimbaud. Ce sont deux écrivains particulièrement intéressants. L’on s’en aperçoit en lisant la nouvelle de Jean-Guy Talamoni, primée au concours Musanostra, Daretu à u muru,  sa traduction intelligente du poème de W.E. Henley, Invictus ou encore l’on s’en rend compte, en redécouvrant la nouvelle de Marie Ferranti, publiée sur le blog Tonu è timpesta, U Magna buciartule et en se souvenant de son texte remarquable sur les Lestrygons, écrit avec le poète Alain di Meglio. Ce livre présente aussi une réflexion. Cette réflexion repose sur plusieurs ouvrages, la thèse de Jean-Guy Talamoni, Littérature et politique en Corse, son essai Avanzà, dont Marie Ferranti rédige une critique et les trois ouvrages de Marie Ferranti, que Jean-Guy Talamoni commente, Marguerite et les grenouilles, Maîtres de chant et le tout dernier, Histoire d’un assassin, publié chez Gallimard cette année. Passionnant, riche retour culturel et politique, concernant ces cinq années, ce livre doit avant tout rester le témoignage d’une amitié qui traverse le temps, de deux amis qui à travers l’exercice de style qu’est cette correspondance publiée s’écrivent leur Corse et en écrivant leur Corse nous livrent un peu d’eux-mêmes.

En savoir plus :
FERRANTI, Marie ; TALAMONI, Jean-Guy, Un peu de temps à l’état pur, Correspondance 2013-2017, Paris, Gallimard, 2018.

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Une réflexion au sujet de « Un peu de notre temps »

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