Les Apaches , film de T. de Peretti

par F. Rusjan

A partir d’un fait divers dramatique, le réalisateur dresse un tableau de la Corse loin de ses plages de sable fin et de ses paysages de carte postale. Il a voulu, dit-il, filmer la Corse de dos…et son propos est éloquent.

On a comparé ou du moins rapproché cette réalisation du dernier film de Sofia Coppola (tous deux à Cannes cette année) « The Bling Ring ». Hormis l’adolescence et les cambriolages, je n’y vois aucune comparaison possible. Si la réalisatrice américaine filme une nouvelle fois l’adolescence, cette fois-ci l’adolescence dorée, et ses moments de vacuité, Thierry De Peretti nous parle d’avantage d’héritage, de valeurs que la Corse veut ou va laisser à ses enfants.

La banalité de la violence quotidienne se ressent dans les propos d’un jeune : « gaulois » en parlant des touristes, le mot « arabe » prononcé comme une insulte. Par petites touches, le réalisateur aborde les maux de la Corse : l’application de la loi (« si tu n’as besoin de rien, appelle la police » dit un caïd), le travail au noir, la spéculation immobilière, le racisme, le tourisme de masse, l’impunité, « la sbacca »…
L’absence des pères (réel ou symbolique) réunit les jeunes protagonistes ; seul le père d’Aziz essaie d’inculquer de vraies valeurs à son fils (respect du travail, respect de l’autre, justice…) ; les autres n’ont pour exemples que des petites frappes et leurs propos « hors la loi ».

Le mot apache peut avoir plusieurs sens. La définition qui me semble la plus appropriée ici parle de « personne qui vole, assassine, démontre une révolte face à la société ». Et c’est de cela aussi qu’il s’agit, une société où doivent cohabiter « ceux qui peuvent profiter de la vie » et ceux qui sont dans la frustration. Bien sûr, cela ne justifie ou n’excuse aucune violence.

On ne peut que saluer le jeu de ces jeunes acteurs .Vrais, naturels.
Quelques scènes sont remarquables notamment celle où Aziz est emmené en voiture, de nuit, vers son horrible destin (le spectateur est carrément pris d’un malaise) et la dernière scène où les jeunes nantis et François-Jo s’observent. Deux mondes s’opposent. Deux territoires aussi.

« La Corse comme vous ne l’avez jamais vue » s’inscrit sur l’affiche de « Les Apaches » le film de Thierry De Peretti. Ne serait- ce pas plutôt « la Corse que l’on refuse de voir » ?

 

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