Pesciu Anguilla / Pépé l’anguille Sebastianu Dalzeto

Par Sébastien Quenot 

 

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Il s’agit du premier roman en langue corse.

Ecrit en 1929, il met en scène un jeune héros dans le Bastia des années 1870. Pesciu Anguilla (Pépé Morsicaluppa), connaitra une ascension sociale passant par la prêtrise, au risque de la traîtrise et du reniement des siens. Son opportunisme est en effet quelque peu brocardé par l’auteur Sebastianu Nicolai, alias Sebastianu Dalzeto, un fervent anticléricaliste de gauche, marxiste, ce qui est rare dans la littérature corse.

Cet ouvrage, que Marie-Jean Vinciguerra décrit comme un opéra-bouffe, est singulier parce que loin des plaintes ou des exaltations passéistes des auteurs du courant de la littérature de l’abandon, il fait preuve d’un étonnant réalisme social dans lequel apparaissent pêle-mêle des prostituées du Puntettu, des bourgeois, des militaires, des ivrognes, des exilés… Bref, ce l’on nomme aujourd’hui, sans trop de précisions et dans un langage politiquement correct convenu : la diversité. Enfant battu par son père, il trouve refuge auprès de ses voisines, mais c’est l’épisode du naufrage qui sera décisif. Seul rescapé, il sera pris en charge par la communauté et délivré de la misère par l’éducation.
Face à une représentation homogène de la société corse, une représentation idéalisée, égalitaire et ethnique, défendue par d’autres auteurs de l’époque, l’auteur nous fait découvrir les subtilités du vivre ensemble entre différentes communautés culturelles.

Alors cet ouvrage n’est-il pas une invitation à la découverte d’une littérature corse enfouie, méconnue ? Il nous apprend en effet autant sur la Corse du siècle passé que sur la Corse d’aujourd’hui qui s’interroge quant au modèle d’intégration qu’elle doit inventer. J’ai dit qu’il s’agissait du premier roman en langue corse mais c’est mutilant et presque faux. C’est un roman multilingue. C’est une invitation à la diversité et au partage interculturel. C’est une réflexion sur les valeurs, sur le pacte social. Si aujourd’hui de nombreux programmes de ce type sont mis en œuvre sans forcément obtenir de résultats concrets, on voit danser et chanter ensemble, de façon spontanée, en dépit de leur pauvreté, les Bastiais, toutes origines confondues, entre chants napolitains, corses, lyriques, patriotiques ou tout simplement ridicules. Peut-être faut-il y voir ici les raisons de l’adaptation du roman au théâtre il y a quelques années ? N’idéalisons pas ce Bastia qui demeure même pour le narrateur : « una cità strana », mais apprenons à le connaitre.

Cet ouvrage a connu une autre actualité en étant traduit en 2010, par Francescu Michele Durazzo, un spécialiste en la matière. Peut-être aurait-il fallu préserver le titre de toute folklorisation ou provençalisme ? Il nous interroge quant au sens de la traduction de la littérature corse. Traduit-on les ouvrages corses parce que cette littérature est d’une telle qualité qu’il faut la faire partager à des lecteurs non-corsophones avides de la connaitre ou parce qu’ils ne trouvent plus de lecteurs dans leur langue d’origine ? En l’état, malgré la qualité intrinsèque des différentes traductions, ces entreprises demeurent artisanales.

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