Le soleil à mes pieds , Delphine Bertholon, Jean Claude Lattes, 2013

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Delphine Bertholon est l’auteur de Twist, de L’effet Larsen, de Grâce, Les corps inutiles, Cabine commune….

Editions Jean Claude Lattès et Le Livre de poche

Elle nous raconte un peu de la vie, lourde de souvenirs, de deux sœurs jeunes dans Paris. Le récit est porté par la cadette, anorexique et maniaque, et sa sœur apparait par contraste triviale, gloutonne, sale. Elles s’appellent la petite et la grande, comme du temps de leur mère.

L’une fuit les autres, ne se lie pas et ne se livre pas : l’ainée consomme, la bouffe, le sexe, les décharges publiques et les morts. Leurs relations sont conflictuelles.
Elles se voient de temps en temps mais restent liées, surtout du fait de l’ainée, s’appellent, enfin la cadette s’en passerait bien de  subir sa soeur avec tous ses travers.

Un secret les unit, qu’on apprend assez vite : elles ont gardé le corps de leur mère morte très longtemps dans leur appartement, enfants, elles ont défrayé la chronique, on les a découvertes plongées dans l’horreur et la puanteur d’un monde en décomposition ; alors elles essaient de se reconstruire, chacune à sa façon.

Les phrases sont courtes, elles en disent long :
« Elle ouvre une brique de soupe, verse le vert mouliné dans une casserole brillante, tourne le bouton noir de la plaque électrique. Histoire de . Elle n’a pas vraiment faim. »
P 89

L’ainée bosse beaucoup, la cadette est passive, l’ainée agresse, est cynique, sa sœur n’ose rêver d’une autre vie, d’une vie de couple. Une histoire d’amour, enfin, se profile.

L’appartement de la grande est un cloaque enténébré qui pue, une tanière lupanar à cauchemars éveillés. Ce qui la caractérise, c’est la crasse !
On oscille entre rejet, dégoût et empathie : des deux, qui est la plus irrémédiablement blessée ?
Ce roman se lit vite et marque.

« Le ciel-bleu. Pas l’ombre d’un cumulus. La grande doit être au trente-sixième dessous. La petite est toujours sans nouvelles ; ça fait presque cinq jours. Elle devrait sans doute la chercher, s’inquiéter, téléphoner au Samu ou même au monde entier…Mais chaque seconde passée loin de sa sœur lui donne l’impression que ses poumons se rouvrent. Que l’air, peu à peu, n’est plus cette mélasse noire qu’on respire faute de mieux comme les cendres d’un charnier .» P 147

 

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