» Un Domaine où … « : création au sein de l’ARIA, texte de Clément Camar-Mercier, mise en scène de Serge Nicolaï, assisté de Charlotte de Casanova – avec Marie Murcia et Christian Ruspini.

Sophie Demichel2

Prochaines représentations
Le 15 mars 2018 – Théâtrales de Bastia
21èmes Rencontres Internationales de Théâtre

 

Je veux vous parler aujourd’hui de théâtre. Vous parler d’« Un Domaine où … ». « Un Domaine où … », tragédie conjugale, selon l’auteur, est d’abord un texte, un texte magnifique, magnifique parce que simple et abrupt.

Alors pourquoi aller voir absolument « Un domaine où… » ?

Parce que, par la mise en scène habitée de Serge Nicolaï, dans les voix et corps dévoués de Marie Murcia et Christian Ruspini, se raconte une histoire. Une histoire comme peuvent être d’autres, comme peuvent être toutes les autres.

L’histoire d’une femme et d’un homme qui se parlent, comme ça commence toujours au théâtre. Qui essaient de vivre à deux. Une femme, un homme qui semblent expérimenter une valse.
Pourquoi ? Jusqu’où ?

Depuis ce domaine où nos mères et les mères de nos mères sont nées. Dans un village inconnu, il se trouve, en l’occurrence, un village corse. Mais cela aurait pu être ailleurs. Pourtant, il est important de dire que cela arrive là, peut arriver ici.

Il y a, il y eut un domaine où il s’est passé, où il va se passer quelque chose ; d’aussi simple qu’on le voit d’abord, d’aussi dur qu’on l’entend après, de plus en plus, dans le ciselage des mois, qui seul dit le Temps.

Dans un domaine où l’on n’est plus, dont on est chassé, et qui pourtant est le lieu de l’être hérité. Ce foyer où l’on est et où l’on attend. On attend de faire quelque chose, on attend d’aller quelque part. Ailleurs, peut-être.
Le temps n’existe pas. On ne sait pas combien de temps le fil va mettre à se rompre.
Seules, les saisons, comme étapes d’un enchaînement fatal des choses, quand la perpétuation impossible du juste devient violence.

Les premiers gestes sont ceux d’un retour de cérémonie, les premiers mots viennent pour parler d’un mort.
Et les mots tournent, tournent autour d’un vide présent et invisible, se heurtent, s’arrêtent, nous font comprendre qu’ils ne s’entendent pas entre eux.

Parce que l’extérieur est une menace, présente, absente, depuis un écran ouvert ou fermé.
Parce que leur intérieur, de plus en plus, tourne autour de cette mort, de ses conséquences, et puis du vide, non qu’elle laisse, mais qu’elle dévoile : « Abyssus abyssum invocat ».
Ils font des gestes pour s’occuper; pour supporter l’insupportable vérité du silence.

Alors, l’apparente légèreté du propos se creuse de plomb, se comprend peu à peu, s’éprouve, pour nous qui les regardons, comme une scène tragique, une destruction programmée, signifiée par ces répétitions absurdes, qui nous rappellent, nous, à la fragilité de tous nos jours.
Et si c’était nous, alors ?

Mais alors, ça nous dépasse, nous enracine au-delà de l’envisageable, des silences quelconques du quotidien. Les rôles se renversent, le foyer devient le lieu de la meute, de la folie inopérante.

« On n’essaie pas d’aimer, on aime ! », dit Marie.

Quand on n’aime pas, quand on n’aime plus, tout devient outil, prétexte à la catastrophe inévitable, alors, tout mène à la spirale de cette violence d’une folie de la maîtrise absolue, quand tout échappe.

Et c’est dans le corps que l’on entend, bien encore après, dans le noir d’après le théâtre, dans le silence de notre trouble, que l’on entend ces derniers mots: « Au nom de moi, Battez vous ! ». « Au nom de moi ! »

Et on a envie de dire : « Merci Marie, Merci » !

Alors, pour ce désir là, pour ce désir réveillé, pour assister à ce théâtre-là, allez voir « Un Domaine où… » !

——-

 

                                                                                                            Sophie Demichel-Borghetti

 

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