LES FIANCAILLES DE M.HIRE, Simenon, lu par Jean-Marc Graziani

Était-ce la signature musicale anxiogène (pour moi) du générique ponctuant inlassablement les mercredis soir chez mes grands-parents, la mécanique vespérale de Jean Richard ou la pipe moite du personnage qui n’arrangeait rien : j’ai toujours fui Maigret comme la peste. Et donc, avec lui, Simenon. Pour moi, il était synonyme de meurtre d’éclusier, d’hirondelles des faubourgs et de crimes à papa.
Surtout que, très tôt, le goût du sang frais m’avait porté vers d’autres rives ; vers des blondes platine prises la main au collet, d’étonnantes visions déroulant leurs névroses comme des symphonies le long des rues vertigineuses de San Francisco ; vers d’autres détectives aussi, qui, s’ils fumaient la pipe, fumaient aussi l’opium et jouaient du violon. Simenon, pensais-je : vraiment pas ma came ! Monsieur Hire, le front collé aux vitres de son appartement, m’a démontré que, sûrement, j’avais tort. Pour autant, je ne me jetterai pas sur l’intégrale de Maigret, le commissaire me rattrapera plus tard, privé de télécommande dans un fauteuil de la maison de retraite, mais Simenon lui, assez vite, je le relirai. Monsieur Hire.
Étrange Monsieur Hire. Celui qu’on aime à détester, sans trop savoir pourquoi. Plus grave encore, sans que lui-même le sache. Monsieur Hire, le voyeur, l’inadapté, l’impuissant, l’oeil qui ne voit rien, et qui ne sent pas la fin venir. De chez lui, tous les soirs, il observe Alice, sa jeune voisine. Elle s’est prise au jeu et semble l’appeler. Alice a un secret, et autour la mort rôde. Celle d’une jeune femme, dont on a retrouvé le cadavre, juste à côté, dans un terrain vague. Là, j’en ai assez dit, dans 190 pages, nous en discuterons volontiers.
Un roman sur la différence entre le percevoir et le savoir, sur l’illusion, celle que l’on projette et celle qu’on se fabrique. Sur la solitude aussi. Un style réputé aride. Non, pas aride ! Précis, chirurgical. Avec cette chose essentielle qui souvent me touche, conférant (c’est mon humble avis), au-delà des thèmes abordés, toute sa sensualité à l’écriture : le sens du rythme.

Publicités

2 réflexions au sujet de « LES FIANCAILLES DE M.HIRE, Simenon, lu par Jean-Marc Graziani »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s