Un certain M Piekielny de François-Henry Désérable lu par Janine Vittori

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Je n’avais jamais rien lu de François-Henri Désérable. Cet été à Lumiu David Foenkinos, interrrogé sur ses derniers coups de cœur, a évoqué Un certain M Piekielny. Il n’en a pas dit beaucoup de choses mais suffisamment pour me donner envie de le lire. Foenkinos a dit de mémoire la phrase de Romain Gary, extraite du chapitre 7 de La promesse de l’aube, «  Au numéro 16 de la rue Grande- Pohulanka, à Wilno, habitait un certain M Piekielny. » et il a évoqué rapidement l’argument du roman de Désérable.
L’enthousiasme de Foenkinos était communicatif. Je viens donc de terminer Un certain M Piekielny, publié chez Gallimard en 2017.

Je suis en déplacement et le roman est resté à la maison. Je livre donc de simples impressions de lecture, sans aller chercher les citations précises, car Marie-France, il faut que je le dise, me réclame des « avis de lecteur », veut savoir si je conseille ou pas! Oui. C’est vrai.
Désérable écrit son texte à la première personne. Le narrateur qui ressemble parfaitement à l’auteur, se rend en Lituanie pour l’enterrement de la vie de garçon d’un ami hockeyeur. Un manque d’organisation ou les hasards des réservations le conduisent à passer quelques heures à Vilnius. Il part à la découverte de la ville et tombe sur une plaque «  Ici a vécu Romain Gary de 1917à 1923 ». Le souvenir de Romain Gary que rappelle cette plaque commémorative n’est pas étranger au narrateur. Il est lié personnellement à l’écrivain qui est entré dans sa vie au moment du bac de français. Auteur au programme des épreuves pour La promesse de l’aube c’est le seul livre lu par l’élève Désérable. C’est par chance sur celui-ci qu’il est interrogé. Justement sur le chapitre 7 .

À Vilnius tout lui revient en mémoire. Le narrateur va se livrer à une enquête pour retrouver les traces de M Piekielny. Cette quête est à la fois autobiographique, historique et littéraire.
De M Piekielny nous ne savons presque rien . Gary le présente comme « une souris grise », un homme «  à la barbe roussie » qui a cru au brillant avenir que Mina, la mère de Gary, a prédit à son fils alors qu’il n’était qu’un enfant et qu’il s’appelait encore Roman Kacew. M Piekielny a fait promettre à l’enfant de rappeler aux grands de ce monde, le jour où il deviendra célèbre, qu’au « numéro 16 de la rue Grande-Pohulanka vivait M Piekielny… »

Désérable grâce à des supputations va donner de la chair à ce personnage. Il va faire remonter à la surface « une vérité » enfouie, ensevelie dans les charniers de Lituanie au temps où Vilnius s’appelait toujours Wilno et que les nazis exécutaient d’une balle dans la nuque les juifs de cette Europe éloignée. À moins que M Piekielny n’ait disparu dans les fours crématoires… Piekielny ,Gary et Désérable nous le disent, représente les juifs d’Europe centrale emportés par la folie meurtrière des nazis.
Désérable imagine son allure avec sa redingote élimée, son talent pour le violon, son métier.
Il le voit barbier. Comme le petit barbier de Charlie Chaplin. À moins que ce ne soit un petit métier comme celui qu’exerçait le père de Gary, fourreur, ou bien quincaillier, comme le grand-père de Désérable à Amiens.
Vous avez toujours cru que le père de Gary était acteur du cinéma muet? Ne vous fiez pas aux auteurs qui savent si bien détourner la réalité. Désérable est aussi doué que son écrivain favori pour brouiller les pistes.

Je ne vous dirai pas, bien sûr, s’il retrouve M Piekielny . Car après le premier voyage il va entreprendre des recherches sur Google, aux archives. Il va se rendre à plusieurs reprises en Lituanie. La recherche de Piekielny, livrée avec une spontanéité décousue, mêle l’expérience vécue de la quête, la vie de l’auteur-narrateur et la vie de Gary. Tout est apparemment autobiographique mais nous nous doutons que prenant exemple sur Gary, ce qu’il nous révèle de sa vie n’est peut être qu’un effet de fiction.
Il y a une grande liberté d’écriture dans ce roman. Je ne regrette pas d’avoir suivi le conseil de Foenkinos. Je comprends pourquoi il aime l’oeuvre de Désérable: une autofiction comme Charlotte avec des sujets qui se rejoignent : la disparition des juifs dans les camps même si Un certain M Piekielny est moins dramatique.

Je pense que je vais lire Évariste. J’ai d’autres lectures qui m’attendent mais je le lirai c’est sûr.
Je ne le dirai pas à Musanostra.

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