Bilan d’action littérature et cinéma : festival de cinéma « du texte à l’image » décembre 2017

Littérature et cinéma, festival avec Musanostra /Lycée Paul Vincensini/ Cinéma Le Studio/Ville de Bastia s’est achevé jeudi 21 -12 avec une conférence de K Petroni sur Conrad /Coppola (autour d’Apocalypse now).

C’était la 8e édition, 5 films ont été à l’honneur, 1300 élèves en ont profité ! RV en déc. 2018 ! Merci à tous ceux qui y ont contribué, les professeurs, l’administration des établissements scolaires, l’équipe du studio, les animateurs, les intervenants, Nathalie Malpelli qui a assuré la promotion de ce bel événement…Toute l’équipe de Musanostra,  fatiguée mais ravie de ces belles rencontres, vous remercie de votre bienveillante implication ! A tous, Bon Natale ! A l’an prochain !

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Du lundi 18 décembre au jeudi 21, des rendez-vous ont été donnés aux collégiens, lycéens et à certains moments à tous les publics.

Le lundi une séance de Au revoir là haut, de Albert Dupontel, 2017, non prévue initialement, a dû être ajoutée face à l’afflux des demandes car trop de classes sinon auraient été privées de ce film.

Le mardi matin c’est avec Elle s’appelait Sarah de Gilles Paquet-Brenner, 2010, que les deux salles combles du Studio ont accueilli les élèves et les accompagnateurs ; le mardi après-midi Au revoir là haut faisait aussi encore salle comble

Une table ronde était organisée, ce qui est rare, et les jeunes ont pu entendre Pierre Gambini, musicien spécialisé dans la production et la sonorisation de films qui aux côtés de Gérard Guerrieri (acteur et réalisateur ) et de Dominique Birraldacci (réalisatrice) a expliqué le  travail sur le son et son importance à chaque instant des films.

Mercredi matin la projection de HHhH de Cédric Jimenez, 2017, d’après le roman HHhH, Laurent Binet, a réussi à laisser le public sous le choc, sans voix ! Un film qui a beaucoup marqué ! La table ronde qui a suivi avait pour thème le traitement de l’histoire au ciné, loufoque ou sérieux , et les élèves ont écouté avec attention Janine Vittori (conseillère pédagogique en arts plastiques) et Gérard Guerrieri échanger entre eux et avec la salle où des enseignantes de cinéma ainsi que messieurs Bertoncini et Marchetti, enseignants d’histoire,  ont apporté leur point de vue sur la question. Gageons que ce type de rencontre d’une trentaine de minutes favorisera la réflexion des jeunes esprits, prêts à reconsidérer ce qu’ils ont vu

Jeudi 21 Décembre :
9H 12H : Le crime de l’Orient Express de Kenneth Branagh, 2017, suivi d’une table ronde sur l’adaptation de quelques romans policiers et de science-fiction, en présence de Gérard Guerrieri, avec la participation de Bénédicte Giusti Savelli, et JM Graziani

 14h-17h : American Pastoral de Ewan Mc Gregor, 2016, d’après le célèbre roman de P Roth

 

Dernière proposition de ce festival, jeudi 21  à 18h30 : Communication de Kévin Petroni, agrégatif de Lettres modernes, diplômé de l’ENS, de l’EHESS et de Paris-Sorbonne (Spécialité : Théorie de la littérature, promotion 2017), membre du bureau de Musanostra.
En comparant l’oeuvre de Joseph Conrad, Au coeur des Ténèbres, et de Francis Ford Coppola, Apocalypse Now, il a évoqué la manière dont le récit de Marlow à propos du système d’oppression colonial mis en oeuvre au Congo a servi de structure narrative essentielle dans la formulation de la dénonciation de la guerre du Vietnam que propose Coppola. Cela ayant été abordé, il fut question de différentes entrées dans l œuvre. Un grand moment !

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Des avis après la conférence :
« D’une sombre nouvelle de Robert Conrad, FF Coppola en a fait une apothéose, walkiries, sex drogue et rock’n roll en plus (le sexe c’est dans la version Redux). C’est pour moi un film complet, plus qu’un simple film de guerre. Cinq marine’s remontent un fleuve, remontent vers la mort, vers un mythe : le Colonel Kurtz.

c’est un film initiatique , comme dans un jeu vidéo, on passe les obstacles jusqu’à arriver au monstre final… dans un enfer vert humide en guise de jungle de béton, en guise d’USA bis. C’est l’Amérique depuis le Styx. J’ai été agréablement surpris par l’exposé de Kevin ; j’ai appris des choses notamment sur le Congo, sa situation , c’est plus ou pire qu’une colonie, propriété du roi des belges Léopold. J’ai lu Au coeur des ténèbres quand j’ai eu 30 ans, juste parce que j’avais appris que le film s’en inspirait, le fleuve du livre continuant son cheminement dans l’apocalypse, d’inspirations en inspirations… » Gérard Guerrieri
« Dans le cadre du festival   « Du texte à l’image », organisé par Musanostra, Kevin Petroni a fait une communication au cinéma « Le Studio », le jeudi 21 décembre. Il avait choisi d’étudier Apocalypse now, de Francis Ford Coppola.
Coppola a déclaré au sujet de son œuvre : «  J’ai voulu faire le film le plus vulgaire, le plus divertissant, le plus palpitant, et le plus racoleur ; avec du sexe, de la violence, et de l’humour. Je voulais à tout prix qu’on voie ce film ».
Effectivement, le film a attiré un nombre record de spectateurs.  Mais il vaut beaucoup plus qu’un simple « block-buster », car le réalisateur voulait faire passer un message par ce canal. Il aborde les problématiques favorites  de Joseph Conrad : la lutte entre  le bien et le mal,  le face à face entre l’homme et  la nature, les méfaits du  colonialisme, et de  l’impérialisme. Kévin Petroni a relevé  avec méthode et maestria les échos que l’on retrouve dans le film  de l’envoûtant roman de Conrad, Au cœur des ténèbres. Il souligne,  par exemple,  que  les « playmates » sexy dont la mission est de meubler les loisirs des G.I.’s sont une transposition des sirènes homériques, – d’ailleurs filles du fleuve-, incarnations des âmes qui ont succombé à un monde de corruption. L’enquête de Marlowe à la recherche de Kurtz est une véritable « odyssée métaphysique », selon l’expression d’un journaliste de   « France-Inter ». Chez Conrad et chez Coppola, le fleuve est la métaphore d’un serpent maléfique. La remontée du fleuve est une expérience métaphysique. Comme nous le disions à l’occasion d’un café littéraire organisé par Musanostra au CCU de Corte, dans Le coeur des ténèbres, de Conrad,  le voyage accompli par Marlowe en remontant le  Congo est explicitement comparé à la descente de Dante dans les cercles de l’Enfer. La frontière entre les hommes civilisés et les sauvages n’est pas celle que l’homme blanc  croit  complaisamment, puisque les occidentaux, qui ont déchaîné « l’apocalypse », sont capables des pires actes de barbarie. L’impressionnante puissance visuelle d’Apocalypse now est au service d’un message humaniste.
Somme toute, dans cet exposé,  Kévin Petroni a brillamment illustré la qualité qui donne de la profondeur au chef-d’œuvre de Coppola : l’intelligente utilisation de la technique de l’intertextualité. Ce que nous avions déjà évoqué à Corte, à propos de l’Ulysse, de James Joyce, qui, selon le commentaire de T.S. Eliot « joue constamment du parallèle entre contemporanéité et antiquité », technique passionnante qui représente « un progrès dans l’effort fait pour rendre le monde moderne susceptible d’être objet de l’art ».
Le mot de la fin, laconique et  énigmatique énoncé par un Marlon Brando parfait dans sa posture de bouddha, « l’horreur ! l’horreur ! » ne serait-il pas un reflet de la confession du  narrateur de la nouvelle  de Conrad The shadow line (la ligne d’ombre), qui se tient solide comme un roc au milieu d’une troupe d’hommes épuisés devenus les fantômes d’eux-mêmes, et qui attend, «ne sentant  que la maladie de son âme,   luttant contre le poids de ses péchés, contre le sentiment de son indignité » ?  »
                                                                                                                            Francis Beretti

« C était passionnant. Il a fait fi des aléas de la technique et a enthousiasmé son auditoire. Quelle clarté dans la démonstration! »                                                         Janine Vittori

« Quand une fiction prend prétexte de son évocation pour chambouler le réel, figer une clef USB, transformer le conférencier en marathonien, et faire résonner toute chose à l’écho de son apocalypse, c’est qu’on est tout proche d’énoncer quelque vérité. »
JM Graziani 

 

 

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https://www.corsenetinfos.corsica/Du-texte-a-l-image-se-projette-au-Studio-de-Bastia_a30904.html

 

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